et écrire !

Ils ont écrit ... et nous aimons !

Quelques textes, qui passeront par-là, qui resteront quelques jours, ou plus ...Que l'on inclut volontiers dans nos balades littéraires.

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André Suarès

Il est possible que le livre

soit le dernier refuge de l'homme libre.

Si l'homme tourne décidément à l'automate,

s'il lui arrive de ne plus penser

que selon les images toutes faites d'un écran,

ce termite finira par ne plus lire !

Toutes sortes de machines y suppléeront :

il se laissera manier l'esprit

par un système de visions parlantes;

la couleur, le relief, mille moyens

de remplacer l'effort et l'attention morte,

de combler le vide ou la paresse

de la recherche de l'imagination particulière:

tout y sera, moins l'esprit !

Cette loi est celle du troupeau.

Le livre aura toujours des fidèles,

les derniers hommes

qui ne seront pas faits en série

par la machine sociale.

Un beau livre, ce temple de l'individu,

est l'acropole

où la pensée se retranche contre la plèbe.

 

Extrait de l'Art du Livre, d'André Suarès (écrit en 1920 !)

Gérard de Nerval

Vers Dorés

Homme ! Libre penseur !Te crois-tu seul pensant,
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant ;
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d'amour dans le métal repose :
"Tout est sensible ! "  Et tout sur ton être est puissant !

Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie;
A la matière même un verbe est attaché ...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres !

Jean-Marc le Bihan

Des gens sans importance

(....)

J'en ai vu des gens sur ma route,
Des tragédies, des fantaisies,
Des gens qui malgré leur déroute
Faisaient encore valser la vie.
Des gens qui n'avaient rien du tout
Qui pourtant t'auraient tout donné,
Des gens tombés qui d'un seul coup
Essayaient de se relever.
J'en ai vu des gens sans histoire
Qui se racontaient sans tricher
Des gens muets dans leur parloir
Qui ne savaient plus à qui parler.
Oui j'ai vu des gens sans défense
Des cœurs meurtris abandonnés,
Qui du profond de leur souffrance
Croyaient encore au verbe aimer.
Des gens de tout bord de tout large
Des gens d'horizon si lointain, des gens
Qui comptaient page à page
Les maladresses de leur destin.
Des gens qui n'usaient d'aucun charme
Des gens de soucis quotidiens
Des gens démunis et sans arme,
Que l'on fusille tous les matins
On dit des gens sans importance
Des gens qui ne sont pas cités

(....)

Jange MilDup

Rivâges


Les rivages, la nuit,

Où mon âme se brise,

Loin de Toi fleur exquise,

Loin de Toi qui t'enfuis.

 

J'irai par les chemins,

J'irai par les montagnes

Du Pays de Cocagne,

Une queste sans fin ...

 

Où es-tu, Toi ma Mie,

Irréelle, insoumise,

Pâle esquisse échappée ?

 

Où es-tu, Toi, ma Mie,

Sensuelle friandise,

Chaude Isis tant aimée ?...

 

Verlaine

 Je ne sais pourquoi
                        Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
                        Tout ce qui m’est cher,
                        D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?
 
            Mouette à l’essor mélancolique,
            Elle suit la vague, ma pensée,
            À tous les vents du ciel balancée,
            Et biaisant quand la marée oblique,
            Mouette à l’essor mélancolique.
 
                        Ivre de soleil
                        Et de liberté,
Un instinct la guide à travers cette immensité.
                        La brise d’été
                        Sur le flot vermeil
Doucement la porte en un tiède demi-sommeil.
 
            Parfois si tristement elle crie
            Qu’elle alarme au loin le pilote,
            Puis au gré du vent se livre et flotte
            Et plonge, et l’aile toute meurtrie
            Revole, et puis si tristement crie !
 
                        Je ne sais pourquoi
                        Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
                        Tout ce qui m’est cher,
                        D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?

Alphonse Allais

 

LA COMPLAINTE AMOUREUSE

  Oui, dès l'instant où je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes !
De l'amour qu'en vos yeux je pris,
Sur le champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes,
Tous les soins que pour vous je pris !
En vain je priais, je gémis.
Dans votre dureté, vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour, je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes;
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j'y mis.
Ah ! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez ?
Qu'ingénument je vous le dise,
Qu'avec orgueil vous vous tussiez?
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez !
Et qu'en vain je m'opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse,
Pour que vous m'assassinassiez !

 

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